Overblog Tous les blogs Top blogs Entreprenariat Tous les blogs Entreprenariat
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

En droit pénal français, le délit de harcèlement est défini comme une conduite abusive systématique qui porte atteinte à la dignité.

02 Jul

« N’oublie pas notre Arménie »

Publié par bazenet / msn  - Catégories :  #Arménie

« N’oublie pas notre Arménie », de Yahia Belaskri : les signes avant-coureurs du génocide

« N’oublie pas notre Arménie », de Yahia Belaskri : les signes avant-coureurs du génocide

« N’oublie pas notre Arménie », de Yahia Belaskri : les signes avant-coureurs du génocide

En avril 1909, Adana (ancienne Cilicie d’Anatolie) devient l’épicentre de tueries. Des hordes de bachi-bouzouks, mercenaires turcs et kurdes, se ruent sur les Arméniens qui habitent la ville. Ils les assomment, les décapitent, leur tirent dans la poitrine…

Les bazars sont mis à sac, les églises incendiées, les granges détruites. Deux témoins de ces signes avant-coureurs du génocide (près d’un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants arméniens seront exterminés entre avril 1915 et juillet 1916) fuient la ville en flammes.

Mémoires du génocide arménien

Ils marchent sans répit, durant des jours, jusqu’à Alep, ville-carrefour entre la Méditerranée et le golfe Persique, nid d’espions, sûr asile. Le premier témoin est le père Burak, rescapé de pogroms antérieurs (1894 et 1895). Maritsa Ohadjanian, le second témoin, est une jeune femme médecin, dépêchée, depuis Constantinople, pour une mission humanitaire.

Dans une prose aux accents épiques, le romancier franco-algérien Yahia Belaskri délaisse un temps son Algérie natale, pour aborder l’épisode, toujours brûlant, d’une histoire d’ailleurs.

Sa langue, elle aussi incandescente, allumée aux meilleures sources d’information, parvient à recréer, en toute logique narrative, la tragédie monstre qui frappa les hommes, les femmes et les enfants d’Arménie.

De l’Empire Ottoman à Samarcande

« Maritsa les yeux bleus », comme on la surnomme, fait office de narratrice, en disant « nous ». Elle consigne ce qu’elle voit, note le moindre événement, décrit les paysages après la bataille. Elle est l’œil sensible d’un récit fidèlement calqué sur la vérité des faits. Le livre a pour sous-titre les Carnets de Maritsa. On suit les deux personnages dans leur lente errance vers l’est, toujours plus à l’est.

Avec eux, c’est tout un peuple qui fuit, en tentant d’échapper aux desseins criminels d’un Empire ottoman aveuglé par la haine. Le périple est sans retour, au cours d’un élan désespéré d’échapper au pire. L’exode s’achève en Ouzbékistan, à Samarcande, haut lieu de civilisations mêlées au gré de conquêtes.

Yahia Belaskri brosse sa fresque d’un coup de pinceau magistral, sans redouter de prêter à Maritsa, rhapsode du massacre, cette farouche invocation : « Ô dieux ! Ne détournez pas le regard, tout ce qui est humain s’affaisse et le cheval de l’apocalypse s’annonce par ses rauques mugissements. »

L’horreur en guise de matière littéraire

Le texte, semé d’indices historiques irréfutables, auxquels s’adjoint la juste incarnation des personnages, restitue une sorte d’archéologie totale du désastre. Maints écrits s’en sont fait l’écho, mais sans doute jamais de façon aussi éloquente.

Il y a, dans ce chant épique en faveur de l’Arménie, des moments en prose quasi versifiée – comme d’un chœur antique – qu’on dirait jaillis de la gorge en feu d’êtres en chemin pour fuir la mort.

L’horreur constitue ici le matériau même de la fiction. Dans ce roman de grande envergure, chaque humain croisé sur la route de l’exil nous regarde au fond des yeux.

N’oublie pas notre Arménie, de Yahia Belaskri, Zulma, 190 pages, 18,50 euros

Au plus près de celles et ceux qui créent

L’Humanité a toujours revendiqué l’idée que la culture n’est pas une marchandise, qu’elle est une condition de la vie politique et de l’émancipation humaine.

Face à des politiques culturelles libérales, qui fragilisent le service public de la culture, le journal rend compte de la résistance des créateurs et de tous les personnels de la culture, mais aussi des solidarités du public.

Les partis pris insolites, audacieux, singuliers sont la marque de fabrique des pages culture du journal. Nos journalistes explorent les coulisses du monde de la culture et la genèse des œuvres qui font et bousculent l’actualité.

Commenter cet article

À propos

En droit pénal français, le délit de harcèlement est défini comme une conduite abusive systématique qui porte atteinte à la dignité.