Voir au radar, se couper littéralement de son corps, vivre à 2 000 mètres de profondeur, changer de couleur en moins d’une seconde… Les animaux sont doués de capacités dont nous, humains, peinons à prendre toute la mesure, mais qui offrent une inépuisable source d’inspiration aux scientifiques.

L’abeille : la bosse des maths©pixabay.com
Son cerveau ne fait que 1 mm3 et pourtant… Dans un labyrinthe basé sur la sensibilité aux couleurs et l’appétence pour le sucre, l’abeille reconnaît et classe les quantités pour s’orienter. Elle maîtrise aussi le concept de 0 : ce processus cognitif plus complexe, que l’enfant acquiert en maternelle, revient à prendre conscience que le « rien » est plus petit que 1. Plus fort encore : des chercheurs français et australiens viennent de montrer que les abeilles ont des notions de calcul. Après entraînement, elles peuvent ajouter ou retrancher 1 à un nombre compris entre 1 et 5, ce qui traduit leur maîtrise de l’ordre des chiffres et leur capacité à passer facilement au suivant ou au précédent. Pour étudier si elles ont vraiment le sens du calcul, la prochaine étape sera, pour elles, d’additionner par exemple 3+2. Si l’abeille arrive au résultat 5, cela montrera qu’elle a compris les relations entre ces quantités abstraites.

Les dauphins : des noms pour s'appeler
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Ces cétacés produisent trois types de sons : des clics d’écholocalisation, des sons pulsés en rafale pour manifester leurs émotions et des sifflements pour communiquer. Chaque dauphin émet un "sifflement signature" qui lui est propre : il permet d’identi fier à la fois le groupe d’appartenance du mammifère et l’individu, comme un nom de famille et un prénom. En 2013, des chercheurs écossais ont montré que les animaux réagissent à la diffusion de leur propre sifflement préalablement enregistré. Mais, en milieu naturel, il est impossible de savoir si ce sifflement leur permet seulement de se présenter ou s’il est utilisé aussi par d’autres pour appeler un individu en particulier. Les dauphins vocalisent sans ouvrir la bouche : leurs lèvres phoniques sont placées de part et d’autre du conduit nasal, au sommet du crâne. Dif ficile pour le chercheur d’identi fier le dauphin siffleur.

Les corbeaux : fabrication d'outils
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Lors d’une expérience menée en laboratoire, des corbeaux de Nouvelle-Calédonie ont eu l’idée d’empiler jusqu’à quatre bâtonnets pour accéder à de la nourriture qui était hors de portée de leur bec ! Dans la nature, ces corvidés recherchent des plantes spéci fiques, en cueillent une tige fourchue, la mordillent et la taillent à l’extrémité jusqu’à obtenir un hameçon, idéal pour récupérer des proies dans des endroits inaccessibles. Les chercheurs ont pu observer que les sujets âgés sont plus habiles que les jeunes : ils ont besoin de beaucoup moins de temps et de coups de bec pour façonner l’hameçon parfait, c’est la rançon de l’expérience. Puis, non contents d’avoir conçu un objet sans mode d’emploi, ce qui traduit la capacité de se faire une image mentale de la forme souhaitée, ils peuvent le camoufler sous des feuilles et revenir le chercher plus tard pour s’en servir à nouveau.

Le cochon : un véritable gamer
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Il est particulièrement doué pour les jeux vidéo. Du bout du groin, il manipule un joystick pour ramener le curseur dans une zone de l’écran et ainsi obtenir sa ration de nourriture. Sa cognition spatiale très fine lui permet de se faire très rapidement une carte mentale de l’environnement, par exemple jouer à la bataille navale ou se repérer dans un labyrinthe. Sur un sol creusé de 16 trous et où l’on a enfoui du chocolat dans 4 d’entre eux, l’animal comprend très vite, sans être guidé par son odorat, l’organisation en quadrillage et où creuser pour trouver les friandises. Face à un miroir, les éthologues ne sont pas certains que le cochon a conscience de son image, mais s’il voit de la nourriture derrière lui, il se retourne immédiatement. A cette compréhension spatiale s’ajoute une intelligence sociale : le cochon qui ne sait pas identifie rapidement celui qui sait pour l’imiter, et celui qui sait met en place des stratégies de diversion pour ne pas avoir à partager la récompense.

L’écureuil : une incroyable mémoire
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Contrairement aux clichés de certains dessins animés, ce petit rongeur se souvient parfaitement du lieu où il a caché ses réserves même deux ans après. Une équipe américaine a ainsi observé que les écureuils fauves font un tri raisonné de leur nourriture. Tandis que les baies et les fruits périssables sont consommés rapidement, ils mettent en réserve les fruits à coque – entre 3 000 et 10 000 par animal et par an : les amandes sont stockées à un endroit, les noisettes à un autre et les noix encore ailleurs. Les chercheurs voient dans cette organisation hiérarchisée des caches suivant leur contenu une stratégie pour les retrouver pendant l’hiver. On appelle ce comportement le chunking, ou mémorisation par blocs, que nous utilisons par exemple pour retenir les numéros de téléphone. L’hiver venu, ce sont des repères visuels et spatiaux, et non olfactifs, qui permettent à l’écureuil de retrouver ses caches et d’ignorer celles qu’il a laissées vides pour duper les pillards.
Les bisons : la démocratie pour se déplacer
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Le processus démocratique n’est pas l’apanage de l’Homme. Des chercheurs français ont observé que les bisons d’Europe ont recours à une sorte de référendum pour orienter leurs déplacements collectifs. Chacun des animaux de la horde exprime sa préférence en tournant la tête vers la destination souhaitée, et quand un nombre suffisant d’entre eux désignent le même lieu, le mouvement est lancé. L’avis le plus fréquemment suivi est celui des femelles adultes, que leurs besoins en énergie plus importants du fait de la production de lait rendent plus efficaces dans leur repérage des lieux où la nourriture est abondante. Ces prises de décisions collectives sont aussi observées chez certains primates, comme le babouin et le macaque, et peuvent s’expliquer par la nécessité de maintenir la cohésion du groupe pour le protéger des prédateurs.

Les termites : des architectes d'exception
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Les termites, véritables prodiges de l'architecture, construisent des structures impressionnantes qui défient parfois l’imagination. Leurs termitières, pouvant atteindre plusieurs mètres de haut, sont conçues pour réguler la température et l'humidité, garantissant ainsi un habitat optimal pour la colonie. Selon des études françaises en écologie et entomologie, ces insectes ingénieux collaborent de manière millimétrée, démontrant une organisation sociale et des compétences constructives sans égales dans le règne animal.
La mouche : la réflexion avant l'action
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La mouche fait preuve de capacités cognitives étonnantes. Des chercheurs français ont démontré que cet insecte prend quelques millisecondes pour analyser une situation avant d’agir. En laboratoire, ils ont observé que la mouche évalue ses options, ce qui suggère une forme de prise de décision rapide et efficace. Cette découverte remet en question notre perception des capacités mentales des insectes.

Le macaque : malin comme un singe
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À Bali, les macaques du célèbre temple d’Uluwatu ont appris à reconnaître les objets les plus précieux (portefeuilles, smartphones…) dans les sacs des touristes pour les voler et ne les restituer qu’en échange de nourriture.

Kandula : un éléphant débrouillard
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Kandula, un éléphant du zoo de Washington, a été vu en train de déplacer un pneu de tracteur dans son enclos. Il s’en est servi de marche-pied pour se surélever et attraper un fruit jusque-là hors de sa portée.
cognitives bluffantes
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Les pieuvres, longtemps considérées comme de simples créatures marines, révèlent des capacités cognitives fascinantes. Avec leurs neuf cerveaux, elles sont capables de résoudre des énigmes complexes, d’utiliser des outils, de s’échapper de leur aquarium et même de planifier l’avenir. On soupçonne les céphalopodes de rêver en phase de sommeil. Ils ressentent la douleur et la souffrance.

Le cacatoès : habile avec des outils
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Les cacatoès sont capables de fabriquer et d’utiliser des outils. Des chercheurs autrichiens ont démontré qu’ils pouvaient tailler une baguette à partir de divers matériaux pour récupérer une graine dans une boîte fermée.
Le ratel : le roi de l'évasion
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Le ratel, cousin lointain d’Afrique et d’Asie du blaireau, s’avère particulièrement doué pour s’échapper d’un enclos : on l’a vu débloquer le loquet d’une porte ou déplacer un objet pour l’aider à passer par-dessus un mur.
L’ours polaire : des outils pour chasser
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Chasseur redoutable, l’ours polaire a mis au point une tactique efficace pour capturer les morses. Il les frappe sur la tête avec un gros bloc de glace pour les tuer ou les étourdir, et pouvoir ensuite facilement les achever.

Le chimpanzé : des capacités intellectuelles remarquables
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Le chimpanzé, proche cousin de l'homme, se distingue par des capacités intellectuelles remarquables. Capable de fabriquer des outils, de résoudre des problèmes complexes et de communiquer à l’aide de gestes, ce primate fait preuve d’une intelligence avancée. Des chercheurs français ont observé qu'il est également en mesure de reconnaître des visages, de mémoriser des séquences et de démontrer des comportements altruistes au sein de son groupe. II sait se reconnaître dans un miroir, il aide son prochain… mais peut aussi le tromper si besoin !
La méduse : un apprentissage par association
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Tripedalia cystophora, une petite méduse des Caraïbes, possède des capacités d’apprentissage étonnantes pour un organisme dénoué de cerveau. Des chercheurs ont observé qu'elle est capable d'apprendre par association : en exposant cette méduse à un stimulus lumineux couplé à un choc, elle modifie son comportement pour anticiper la douleur.

La fourmi : des amputations pour sauver ses congénères
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Les fourmis, insectes sociaux par excellence, démontrent un altruisme étonnant en cas de blessure. Lors de combats, certaines espèces pratiquent des amputations sur leurs congénères pour les sauver. En coupant une patte gravement blessée, elles augmentent les chances de survie de l'individu blessé et du groupe.
Le perroquet : capable d’imiter la voix humaine
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Certaines espèces de perroquets, comme le gris du Gabon, ont développé des compétences linguistiques surprenantes. Capables de construire de courtes phrases, certains de ces oiseaux associent des mots appris pour créer de nouveaux sens, un comportement observé en captivité.

Le rat : capable d'imagination
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Des chercheurs du Howard Hughes Medical Institute, en Virginie, aux Etats-Unis, ont démontré que les rats sont capables de se remémorer un lieu déjà visité et de s’y déplacer en pensée.
Le margay : un prédateur rusé
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Pour chasser plus efficacement, le margay, petit félin des forêts tropicales d’Amérique du Sud, imite les cris du bébé singe terrifié. Les primates, inquiets, viennent voir ce qui se passe et se retrouvent alors à sa portée.

L’opossum : un simulacre de mort
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L’opossum est l’un des meilleurs acteurs du monde animal. S’il flaire le danger, il se fait passer pour mort : il sort sa langue, ralentit son rythme cardiaque et va jusqu’à vider ses intestins pour dissuader les prédateurs de le manger.
La corneille : capable de compter à voix haute
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La corneille est le premier animal à pouvoir, après un entraînement, compter à "voix haute" jusqu'à 4 : elle produit le nombre exact de vocalisations en identifiant des chiffres arabes. C'est ce qu'a établi l’équipe de Diana Liao, chercheuse à l’Institut de neurobiologie de l’université de Tübingen (Allemagne).

Les orques : une incroyable technique de chasse
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Les orques ont mis au point une technique infaillible pour attraper les phoques : elles nagent en formation de manière à déclencher des vagues assez grosses pour faire tomber leurs proies des plaques de glace où elles ont trouvé refuge.
Le pluvier kildir : la feinte de l'aile cassée
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Quand un prédateur s’approche de son nid, le pluvier kildir émet des cris plaintifs en prenant la direction opposée. Puis, il feint d’avoir une aile brisée pour attirer le prédateur vers lui, plutôt que ses petits. Le danger ainsi écarté, l’échassier n’a plus qu’à s’envoler.