James Baldwin
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| Nom de naissance |
James Arthur Baldwin
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Poète, critique social, scénariste, professeur d'université, nouvelliste, essayiste, dramaturge, militant des droits civiques, romancier, gay fiction writer
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| Période d'activité |
À partir de
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| Fratrie |
| A travaillé pour |
Mount Holyoke College
Hampshire College (en) Amherst College |
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Académie américaine des arts et des lettres
PEN American Center (en) |
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| Représenté par |
Jay Acton (d)
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Liste détaillée
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| Archives conservées par |
Bibliothèque Beinecke de livres rares et manuscrits (JWJ MSS 21)
Schomburg Center for Research in Black Culture (Sc MG 936)[1] Stuart A. Rose Manuscript, Archives, and Rare Book Library (d) (Manuscript Collection No. 949)[2] Harry Ransom Center (en) (MS-0189)[3] Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaine (NMAAHC.A2017.47)[4] |
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James Arthur Baldwin [ d͡ʒeɪmz ˈɑɹθɚ ˈbɒldwən][5], né le dans le quartier de Harlem, à New York, et mort le à Saint-Paul-de-Vence, dans les Alpes-Maritimes, en France, est un écrivain américain, auteur de romans, de poésies, de nouvelles, de pièces de théâtre et d’essais. Son œuvre la plus connue est son premier roman, semi-autobiographique, intitulé La Conversion (Go Tell It on the Mountain), paru en 1953, et sa nouvelle Blues pour Sonny (Sonny's Blues) incluse dans le recueil de nouvelles Face à l'homme blanc (Going to Meet the Man), paru en 1965.
Ses essais, rassemblés notamment dans Chronique d'un pays natal (Notes of a Native Son, 1955) et La Prochaine Fois, le feu (The Fire Next Time, 1963), explorent les non-dits et les tensions sous-jacentes autour des distinctions raciales, sexuelles et de classe sociale au sein des sociétés occidentales, en particulier dans l'Amérique du milieu du XXe siècle[6]. Ses romans et pièces de théâtre transposent quant à eux vers la fiction des dilemmes personnels, questionnant les pressions sociales et psychologiques complexes qui entravent non seulement l'intégration des personnes noires, mais aussi des hommes gays ou bisexuels. Il dépeint également les obstacles intériorisés qui empêchent de telles quêtes d'acceptation, par exemple dans son roman La Chambre de Giovanni (Giovanni's Room), écrit en 1956, bien avant le Mouvement LGBT[7].
Biographie
Juste avant la naissance de James Arthur Baldwin, sa mère, Emma Berdis Jones, quitte son père biologique à cause de la toxicomanie de celui-ci et s'installe dans le quartier déshérité de Harlem à New York. Elle y épouse un pasteur, David Baldwin. La famille vit modestement[8].
James, qui passe beaucoup de temps à s'occuper de ses jeunes frères et sœurs[9], est aussi passionné par la lecture. Dès le plus jeune âge, il développe un véritable don pour l’écriture dans lequel il se réfugie, tout en ayant conscience des limites que sa couleur de peau lui impose dans une Amérique ségrégationniste et raciste y compris dans le Nord[10].
À l'âge de 10 ans, il est harcelé et violé par deux officiers de la police de New York, un exemple de harcèlement raciste par le NYPD qu'il expérimentera à nouveau à l'adolescence, et qu'il documentera dans ses essais.
Son père adoptif, que Baldwin dans ses essais nomme simplement son père, l'a semble-t-il traité avec une grande rudesse, bien plus que ses frères et sœurs. Il voulait que son beau-fils embrasse comme lui la profession de prédicateur mais James Baldwin s'est complètement détourné de l'église pendant son adolescence, époque à laquelle il commence à prendre conscience de son homosexualité[10].
David Baldwin meurt de la tuberculose pendant l', alors que James va bientôt avoir 19 ans. Le jour de l'enterrement de son beau-père est aussi celui de son 19e anniversaire, ainsi que le jour où commence l'émeute de 1943 dans le quartier de Harlem (en), qu'il dépeindra plus tard en introduction de son essai Chronique d'un pays natal[11]. La quête pour expliquer le rejet familial et social qu'il a vécu — et ainsi se construire une identité apaisée — devint un thème récurrent dans les écrits de Baldwin.
James Baldwin fréquente une école publique, la P.S. 24, sur la 128e rue à Harlem, où il écrit l'hymne de l'école, qui restera en usage jusqu'à sa fermeture[12]. Il passe ses années de collège à la Frederick Douglass Junior High, où il est influencé par le poète Countee Cullen, l'une des figures de proue du mouvement de la Renaissance de Harlem. Son professeur de mathématiques l'encourage à participer comme éditeur au journal de l'établissement, le Douglass Pilot[13]. Juste avant lui, le collège Frederick Douglass avait accueilli le futur acteur Brock Peters et le futur pianiste jazz Bud Powell[14]. Baldwin rejoint ensuite le lycée DeWitt Clinton High School dans le quartier de Bedford Park situé dans l'arrondissement du Bronx[15]. Là, aux côtés de Richard Avedon, Baldwin travaille sur le magazine de l'école en tant que directeur littéraire, mais il garde une mauvaise expérience de l'établissement à cause d'insultes raciales constantes[16].
Les difficultés que James Baldwin rencontre adolescent, notamment le comportement incestueux de son beau-père, l'amènent à chercher secours dans la religion. À 14 ans, il assiste à des rassemblements de l’Église Pentecôtiste et, lors d'un meeting de prière euphorique, il se convertit, puis devient prêcheur. Rapidement, à l'assemblée pentecôtiste de Fireside, il attire des foules plus nombreuses que celles que son beau-père attirait en son temps. Mais à 17 ans, le point de vue de Baldwin évolue et il juge que la chrétienté est basée sur de faux présupposés. Plus tard, il considérera que sa période de prêcheur était une manière de surmonter ses crises personnelles.
Baldwin rencontre un jour Elijah Muhammad, chef de file du mouvement Nation of Islam, qui le questionne au sujet de ses croyances religieuses. Il répond alors : « J'ai quitté l'église il y a 20 ans et je n'ai jamais rejoint quoi que ce soit d'autre depuis ». Quand Elijah lui demande « Et qu'êtes-vous maintenant ? », il explique : « Maintenant ? Rien. Je suis écrivain. J'aime faire des choses seul »]. Cependant, son expérience avec l'église a significativement façonné sa vision du monde et son écriture[. Baldwin lui-même note que « être à la chaire c'était comme travailler au théâtre ; j'étais dans les coulisses et je savais comment se construisait l'illusion »[].
Il accuse le christianisme d'avoir renforcé le système esclavagiste américain en palliant la sensation d'oppression tout en repoussant le salut à une vie après la mort : une thèse illustrée dans la pièce de théâtre Le Coin des Amen (The Amen Corner), parue en 1954. Baldwin louait cependant la religion en cela qu'elle inspirait certains Noirs américains à défier l'oppression]. Il écrit ainsi : « Si le concept de Dieu a une utilité, c'est de nous rendre plus grands, plus libres et plus aimants. Si Dieu ne peut pas faire ça, il est temps de se débarrasser de lui »[]. Baldwin se décrivait publiquement comme n'étant pas religieux. Un enregistrement de lui chantant « Precious Lord, take my hand » a cappella fut diffusé à son enterrement[