ONTOLOGIE
Le président de la Corée du Sud avait tenté d’instaurer la loi martiale début décembre, avant de rapidement reculer face à la colère de la rue et du Parlement
Les magistrats ont assorti leur décision d’un ordre de maintien en détention de Yoon Suk Yeol. Le président sud-coréen a été arrêté la semaine dernière lors d’un raid à l’aube. Son décret de loi martiale n’avait duré que six heures, le 3 décembre, avant d’être rejeté par les députés mais il a plongé la Corée du Sud dans sa pire crise politique depuis des décennies.
Des milliers de Coréens étaient spontanément descendus dans la rue pour manifester contre l’instauration de la loi martiale, mais une éventuelle condamnation du chef de l’Etat ne fait pas l’unanimité dans l’opinion publique. Des centaines de soutiens du président continuent de se rassembler chaque jour exiger sa libération.
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Les autorités iraniennes ont arrêté 13 personnes appartenant à la minorité religieuse bahaïe, interdite par l'État, a annoncé un média local samedi 25 janvier. Des arrestations opérées dans la région d’Ispahan sous l'accusation de prosélytisme.
« Treize membres de la secte errante bahaïe ont été arrêtés à Ispahan », dans le centre de l'Iran, par les services de renseignements des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, a annoncé l'agence locale Isna, sans fournir de détails sur les personnes arrêtées.
Selon un communiqué des services des Renseignements des Gardiens de la révolution, les personnes arrêtées enseignaient la foi bahaïe à des jeunes enfants. Les Bahaïs suivent les enseignements de Bahaullah, né en Iran en 1817, qu'ils considèrent comme un prophète et fondateur de leur foi, explique le correspondant de RFI à Téhéran, Siavosh Ghazi.
Hérétiques selon le régime iranien
La République islamique d'Iran, où le chiisme est la religion d'État, accorde la liberté de culte à certaines minorités. Mais les fidèles de la foi bahaïe sont considérés comme des hérétiques et des « espions » liés à Israël. Le siège mondial de la communauté se trouve à Haïfa dans le nord d'Israël.
L'Iran annonce régulièrement l'arrestation de Bahaïs. En septembre dernier, deux membres de la communauté avaient été arrêtés dans le nord du pays. Il y a quelques jours, des représentants de la communauté bahaïe à l’étranger avaient affirmé que dix femmes bahaïe avaient été arrêtées par les autorités en Iran.
Inquiétude des Nations unies
Ces derniers mois, les arrestations se sont multipliées, provoquant l’inquiétude des organisations internationales des droits de l’homme et des Nations unies. En 2018, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution appelant Téhéran à mettre fin au « harcèlement, à l'intimidation et aux arrestations et détentions arbitraires » des minorités religieuses et à libérer les Bahaïs emprisonnés pour leur appartenance religieuse.
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L’analyse des groupes sanguins des premiers Homo sapiens d’Eurasie montre qu’ils ont acquis une nouvelle palette de groupes sanguins juste après leur sortie d’Afrique il y a 60 000 ans, contrastant avec celle des Néandertaliens. Cette diversification se serait produite au Proche-Orient et pourrait doter Homo sapiens d’un nouvel arsenal adaptatif. C’est ce que révèle l’étude faite par notre équipe du laboratoire d’anthropologie bioculturelle, droit, éthique et santé. Cette étude vient tout juste de paraître dans la revue Scientific Reports.
[Un article de The Conversation écrit par Stéphane Mazières - Chercheur en génétique évolutive, Aix-Marseille Université (AMU)]
Le Paléolithique supérieur (environ 45 000 à 10 000 ans avant le présent), connu pour ses grottes ornées de Chauvet, Cosquer, Niaux et Lascaux, est une période charnière de l’évolution humaine. L’Eurasie, alors occupée par Neandertal et Denisova, voit arriver Homo sapiens, il y a plus de 45 000 ans. La cohabitation dure jusqu’à la disparition de Denisova en Asie et de Neandertal en Europe, il y a un peu de 35 000 ans.
Malgré leur ancienneté et des restes osseux fragmentaires, de précédentes études ont réussi à obtenir de l’ADN chez plus de 60 individus de ces trois lignées humaines. À partir de ces séquences, notre équipe a souhaité voir comment la transition de Neandertal à Homo sapiens se manifestait pour les groupes sanguins.
Que sont les groupes sanguins ?
Les groupes sanguins (comme O+ ou A-) sont des étiquettes à la surface des globules rouges qui définissent un « type » de globules rouges. Lorsqu’un type de globules rouges entre en contact avec une personne qui ne le possède pas, comme au cours d’une erreur de transfusion ou d’une grossesse, cela peut engendrer une réaction parfois létale pour le receveur ou le nouveau-né. Pour ce dernier, il s’agit de la maladie hémolytique du nouveau-né. Elle se produit quand les groupes sanguins du fœtus diffèrent de ceux de la mère. Cette dernière peut alors créer des anticorps contre ces groupes sanguins qu’elle ne connaît pas. Lors des grossesses suivantes, les anticorps de la mère peuvent détruire les globules rouges de son fœtus.
Les groupes sanguins sont regroupés en familles appelées systèmes. Les groupes A, B, O et AB appartiennent au système ABO. Les « rhésus » positif et négatif appartiennent à un autre système, appelé Rh. À ce jour, il existe 47 systèmes dont une dizaine est véritablement cruciale en transfusion. Dans notre étude, nous sommes concentrés sur 10 de ces systèmes.
Pourquoi s’intéresser aux groupes sanguins aujourd’hui, alors qu’ils sont connus depuis près d’un siècle ?
Quand la communauté scientifique ne savait pas encore lire la séquence d’ADN, les groupes sanguins permettaient indirectement d’étudier la variabilité génétique humaine. Ainsi, ils ont révélé l’histoire du peuplement de la Terre par Homo sapiens, les stigmates de l’adaptation aux climats tropicaux et l’inanité du concept de race. Par exemple, ce sont les groupes sanguins qui, dans les années 1950, démontrèrent l’origine asiatique de l’ensemble des populations amérindiennes du continent américain. Ces éléments sont rassemblés dans les ouvrages de Arthur Mourant de 1976 et celui de Luca Cavalli-Sforza de 1994.
Mais à partir des années 1990, l’émergence de la biologie moléculaire leur a préféré l’ADN mitochondrial et le chromosome Y. Ces marqueurs génétiques présentent plus de variation génétique et ne sont transmis que par un seul parent, respectivement la femme et l’homme, ce qui permet de remonter les générations sans perdre l’information génétique. Les groupes sanguins sont alors relégués à leur principale application, la transfusion sanguine.
C’est l’avènement de la paléogénétique et du séquençage du génome total qui va restituer l’intérêt anthropologique des groupes sanguins. En effet, la biologie moléculaire permet d’accéder à une immense diversité. Les groupes sanguins qui apparaissaient comme identiques sont en réalité codés par une grande variété de leur gène. Par exemple, les groupes A, B, AB et O ne proviennent pas de 4 versions du gène ABO, mais de plus de 350 formes de ce gène ! Et leur géographie est révélatrice de l’histoire d’Homo sapiens. Par la lecture des gènes des groupes sanguins, notre équipe a notamment affiné l’histoire du peuplement de l’Amérique, celui de l’Asie centrale par les nomades des steppes mongoles (Gengis Khan) et le contact avec Neandertal.
Enfin, de grandes quantités de données génétiques sont désormais disponibles avec plus de 10 000 génomes anciens. Mais malgré de premiers résultats probants, la lecture génétique et anthropologique des groupes sanguins est récente et concerne encore peu d’équipes de recherche dans le monde.
Comment déterminer les groupes sanguins préhistoriques
Pour les sujets anciens, si les globules rouges ne sont pas conservés, les fragments osseux ou dentaires peuvent contenir de la matière organique avec de l’ADN. Et cet ADN a déjà été séquencé. Ces séquences sont disponibles en ligne sur des plates-formes comme la European Nucleotide Archive ou le serveur du département de génétique évolutive du Max Planck Institute. Certains de ces ADN sont d’excellente qualité, c’est-à-dire complets et et pour lesquels la communauté est très confiante sur le contenu de la séquence..
Nous connaissons les gènes des groupes sanguins, les chromosomes qui les portent, leurs coordonnées, et les mutations à l’origine des groupes sanguins. Nous avons donc téléchargé chaque génome et demandé à voir la séquence ADN pour chaque position d’intérêt. Ensuite, nous avons comparé chaque séquence préhistorique avec la séquence humaine actuelle utilisée comme référence internationale. Pour cela, nous avons utilisé des commandes bioinformatiques spéciales et des outils d’alignement ou comparateur de séquences. Puis nous avons retranscrit la séquence d’intérêt, le nombre de fois qu’elle a été séquencée et des indices statistiques pour garantir la vraisemblance du résultat.
Au final, nous avons pu obtenir des résultats exploitables pour 22 Homo sapiens et 14 Néandertaliens, âgés de 20 000 à 120 000 ans, et situés en Europe de l’Ouest, en Europe centrale, en Sibérie et en Asie de l’Est.
En Eurasie, la répartition actuelle des groupes sanguins provient des premiers Sapiens du continent
L’étude montre qu’Homo sapiens a connu une diversification intense après sa sortie d’Afrique, il y a 60 000 ans, avec des groupes sanguins que ne possèdent pas les Néandertaliens. Ces derniers ont notamment conservé les mêmes groupes sanguins ancestraux pendant 80 000 ans ! Les deux lignées présentent donc des profils sanguins totalement distincts.
Cette diversification génétique se serait produite entre 60 000 et 45 000 ans. Une étude récente a montré que le plateau perse serait la région d’incubation des cultures archéologiques et lignées génétiques des premiers Homo sapiens. Avant de conquérir l’Eurasie, Homo sapiens aurait alors marqué une halte sur le plateau perse, suffisamment longue pour développer de nouvelles technologies et mutations génétiques. Les groupes sanguins des premiers Homo sapiens auraient donc connu cette phase de diversification.
Ces nouveaux groupes sanguins, comme un groupe O particulier et certains rhésus, sont aujourd’hui répandus en Eurasie jusqu’à plus de 40 % alors qu’ils sont absents en Afrique. La géographie actuelle des groupes sanguins en Eurasie n’est pas récente, mais remonte donc au « out of Africa ».
Ces groupes sanguins sont-ils avantageux pour les premiers Sapiens ?
Si l’apparition d’une mutation est le fait du hasard, son destin relève ensuite de deux facteurs : la dérive et la sélection naturelle. La dérive, c’est à nouveau du hasard. la mutation n’a aucun effet et sa présence dans la population fluctue aléatoirement au fil des générations. La sélection naturelle, c’est l’impact de l’environnement comme l’altitude ou les pathogènes sur la génétique.
De nos jours, certains groupes sanguins confèrent un avantage face aux pathogènes comme le choléra, le paludisme, l’un des virus de la gastro-entérite et on l’a vu récemment, le Covid. On imagine alors que les groupes sanguins retrouvés chez les premiers Sapiens ont pu les doter d’un nouvel arsenal pour faire face aux nouveaux environnements rencontrés lors de son expansion à travers le monde. En revanche, il est trop tôt pour se prononcer sur le ou les pathogènes responsables.
L’histoire passionnante du « rhésus » de Neandertal
Les Néandertaliens partagent le même gène « rhésus ». Parent d’un des « rhésus » africain, il est aujourd’hui quasiment inédit à l’échelle mondiale à l’exception de deux cas en Australie et Papouasie-Nouvelle-Guinée. L’Océanie est d’ailleurs la région dont les populations présentent le plus important héritage génétique néandertalien et dénisovien, jusqu’à 6 %. Grâce à ce « rhésus » néandertalien, nous avons actualisé le schéma évolutif de ce groupe sanguin : le gène néandertalien s’est en réalité incrusté dans le génome par métissage, probablement au sortir de l’Afrique avant qu’Homo sapiens ne migre vers l’Océanie, il y a plus de 50 000 ans.
Dans la pratique, les « rhésus », comme celui de Néandertal, sont impliqués dans la maladie hémolytique du nouveau-né. Notre étude montre que les premiers Sapiens d’Eurasie ne le possèdent pas. En cas de métissage entre un homme sapiens et une femme néandertalienne, il y aurait donc un risque de perdre l’enfant. Le « rhésus » néandertalien aurait donc pu contribuer à leur déclin lors de l’arrivée de Homo sapiens.
Des lignées génétiques perdues
L’individu sibérien d’Ust’-Ishim, daté d’environ 45 000 ans, est connu pour porter une lignée génétique disparue, et cela se voit dans notre étude. Il possède des groupes sanguins uniques, non retrouvés chez les populations préhistoriques plus récentes. À l’image des résultats parus en décembre 2024 dans les revues Science et Nature, notre étude confirme que le peuplement de l’Eurasie n’a pas été un processus continu, mais plutôt une série de vagues entrecoupées de remplacements et d’extinctions locales.
Le globule rouge présente de nombreuses variations en réponse au paludisme. Mais l’origine et les dates de ces adaptations biologiques demeurent discutées. L’accès aux génomes anciens offre une opportunité d’explorer une autre histoire : les relations entre les humains préhistoriques et les maladies infectieuses.
"Maintenant, vous pourrez m’acheter un vélo, hein ?"
Avec un sourire aux lèvres et l’ombre d’un accent du nord dans la voix, devant les caméras de France 3, en 1978, Marcel Pruvost se souvient d’un récit de sa grand-mère. Ces mots, ce sont ceux prononcés 72 ans plus tôt par son père, Anselme Pruvost, après 20 jours d’errance dans la mine de charbon de Courrières, alors qu’il n’avait que 15 ans.
Le 10 mars 1906 à 6 h 34, une explosion secoue la campagne de Méricourt dans l’ancien Nord-Pas-de-Calais. La déflagration est entendue dans tous les villages alentour, mais à la sortie des corons alignés, il n’y a ni cratère, ni fumée. La détonation a eu lieu sous terre, dans les tunnels de la mine.
En un éclair, ce sont 110 km de galeries qui sont ravagées par un gigantesque "coup de poussier" – "poussière" en patois – quelques instants après la descente à 330 mètres de profondeur de 1 800 mineurs et "galibots", de jeunes garçons de 14 à 15 ans.
Sortis des boyaux de la mine après son interminable égarement, le jeune Anselme Pruvost, tout comme son père et 11 autres mineurs, faisait partie des derniers êtres remontés vivants de la mine de Courrières. Elle est considérée, avec 1 099 morts, comme la catastrophe industrielle la plus meurtrière de l'histoire de France.
La recette du désastre de la mine de Courrières
La carte des différentes fosses de la compagnie de Courrières (en rouge). Les fosses 2, 3 et 4–11, touchées par l'explosion, sont situées aux alentours de Billy-Montigny. La compagnie des mines tient en réalité son nom de la commune hébergeant ses locaux. Aucun des mineurs qui travaillaient dans ces mines n’habitait Courrières. JÄNNICK Jérémy
Aujourd’hui encore, les causes de la catastrophe de Courrières restent un mystère, faute d’enquête possible. Détruites par l’explosion, réexploitées jusqu’aux années cinquante puis comblées au début des années 2000, les fosses de la Compagnie des Mines de Courrières ont depuis longtemps perdu tout indice exploitable. Leurs archives, méticuleusement remplies au fil de plusieurs décennies d’exploitation, font cependant état de nombreux problèmes, qui auraient pu causer ou aggraver l’accident.
Premièrement, plutôt que d'être indépendantes, les fosses sont reliées entre elles, depuis des inondations ayant eu lieu en 1891. Ainsi, les fosses n° 2 et 3, et la fosse à deux puits 4 – 11 rassemblaient, en 1906, près de 110 kilomètres de galeries communes : tout accident pouvait devenir massif. Au fond, les conditions de sécurité étaient également limitées, de nombreuses mesures aujourd'hui considérées comme essentielles ayant justement été pensées à la suite du désastre mortel de Courrières.
Ayant la réputation de ne pas dégager de grisou, un gaz naturel issu du charbon explosif et meurtrier, les galeries accueillaient des mineurs équipés de lampes à flamme découvertes, plutôt que les lampes de sécurité en verre. Malheureusement, l’exploitation n’était pas dépourvue de "poussier", la poussière du minerai, omniprésente dans les galeries. Très fine et respirée à longueur de journée par les mineurs, elle était responsable de la terrifiante maladie du poumon noir et pouvait s’enflammer à la moindre étincelle.
Enfin, les archives font également état d’un incendie dans la "veine Cécile", une veine de charbon voisine déjà totalement exploitée et abandonnée. Emmuré à plusieurs reprises pour étouffer les flammes, séparé du reste de la mine, l'incendie n’était pourtant toujours pas maîtrisé au soir du 9 mars. La mine était également dépourvue d’arrêts-barrage, des cloisons spéciales faites pour amoindrir la puissance du souffle d’une explosion : là encore, elles seront inventées à cause de la catastrophe.
Le 10 mars, ce sont donc 110 km de galeries qui seront parcourus en moins de 2 minutes par le souffle brûlant d’un titanesque "coup de poussier", l'embrasement soudain de la poussière de charbon en suspend, provoqué par l'un ou l'autre de ces facteurs.
Dans la fosse 3, un cheval est projeté en l’air à l’entrée d’un puits. Ailleurs, c'est l’ascenseur utilisé par les mineurs pour descendre, la "cage", qui est envoyé à une dizaine de mètres au-dessus du sol.
Il est 6 h 34 du matin.
À 6 heures, 34 minutes plus tôt, 1 800 mineurs et galibots étaient descendus sous terre.
La foule des familles massées aux entrées des mines et surveillées par des gendarmes à cheval. JÄNNICK Jérémy — Compagnie des mines de Courrières
Des coups sur les tuyaux pour communiquer
Avant les ambulances, les médecins et les secouristes, les premières personnes à arriver aux portes des fosses sont les familles des ouvriers. Massées sur plusieurs générations dans les corons, elles connaissent les dangers du travail de la mine et se précipitent vers les lieux du drame à la recherche de pères, fils, frères, oncles, cousins et amis.
Au fond du gouffre, les mineurs travaillaient 10 heures par jour, 6 jours par semaine, sans l’ombre d’un congé, et ce dès leurs 14 ans. D’abord galibots jusqu’à leurs 18 ans, les enfants deviennent ensuite apprentis puis mineurs, souvent jusqu’à leur mort. Rassemblée devant les grilles de la mine en quelques minutes, la foule sera rapidement si grande que des gendarmes des communes des alentours devront être appelés en renfort.
De l’autre côté de la barrière, l’explosion a atteint 4 fosses, situées à plusieurs kilomètres les unes des autres.
Dans la fosse n° 2, du gaz méphitique envahit rapidement les galeries et empêche toute descente au-delà de 258 mètres, à peine 45 mètres au-dessus d’éventuels survivants, à l’étage 330. Dépourvus de masque à oxygène, les sauveteurs ne peuvent s’aventurer plus bas, sous peine de mourir d’asphyxie – l’idée est abandonnée le temps d’évacuer le "mauvais air".
Dans la fosse 3, conçue pour permettre l’aération de toute la mine, l’explosion a rapproché les parois, empêchant la circulation de l’air et bloquant la cage à l’intérieur. Les échelles de secours, situées dans de petits puits parallèles, ou "goyots", sont également inutilisables, bloquées par des amas de ferraille, donnant un aperçu lugubre de l’état des galeries en dessous.
La fosse 4 – 11, quant à elle, est bloquée par sa propre cage, retombée en travers du puits 4. Alors qu'ils sont occupés à la dégager, les sauveteurs entendront rapidement des mineurs taper frénétiquement sur les tuyaux qui sortent du puits. Ils sont alors incapables de les atteindre.
Un champ de bataille souterrain
Un groupe de mineurs-sauveteurs, descendus plusieurs centaines de fois dans les tunnels aux cours des opérations de sauvetage. JÄNNICK Jérémy — Compagnie des mines de Courrières
Face à l’urgence, les secours s’organisent à grande vitesse autour de l’exploitation. De nombreuses ambulances – tirées par des chevaux – arrivent de toute la région et se rassemblent autour des fosses. Dans leurs coffres, des milliers de bandages, des litres de désinfectant et du matériel médical accompagnent des dizaines de docteurs, médecins militaires, internes et externes, venus de toutes les villes alentour.
Depuis l’explosion, de petits groupes de mineurs réussissent peu à peu à remonter par leurs propres moyens, notamment via les puits 10 et 11, qui demeurent relativement intacts. Pour ceux capables de raconter, la seule comparaison possible avec ce qu’ils ont vu est celle de la barbarie d’un champ de bataille, la guerre de Prusse étant encore très fraîche dans les mémoires de l’époque. Les blessés sont traités sur place, parfois ranimés ou amputés, avant d’être renvoyés chez eux, tandis que les efforts de déblayage continuent.
Ce ne sont que de longues heures plus tard que les premiers sauvetages pourront être effectués dans la fosse 4 – 11, après la libération de la cage du puits n° 4.
Lorsque les niveaux exploités sont enfin atteints, les sauveteurs y découvrent des galeries ravagées, remplies d’éboulis et de cadavres. Certaines victimes sont intactes, comme endormies. D’autres, l’horrible majorité, sont carbonisées et déchiquetées par le souffle brûlant de l’explosion, qui a parcouru les tunnels à plus de 3 300 km/h. La plupart sont si gravement blessées qu'elles sont impossibles à identifier.
Dépourvus de l’équipement nécessaire, les sauveteurs risquent également leurs vies à chaque descente – 16 d’entre eux trouveront la mort dans les galeries. Ce n’est que le 12 mars, avec l’arrivée d’un groupe de mineurs allemands, venus prêter main forte de leur propre chef et équipés des masques à oxygène, que des descentes plus longues pourront être effectuées. La plupart ne remonteront cependant que des cadavres.
Funérailles et grogne ouvrière
Les funérailles des victimes de la mines sous la neige, le 13 mars 1906 JÄNNICK Jérémy — Compagnie des mines de Courrières
Malgré l’ampleur de la catastrophe, les opérations de sauvetage officielles ne dureront que 2 jours et 2 nuits, avant d’être arrêtées le 3e, lorsqu’un nouvel incendie se déclarera dans les galeries.
Pour préserver son gisement et continuer son exploitation, la Compagnie de Courrières décidera de murer une partie de la mine et d’inverser la ventilation afin étouffer les flammes, plutôt que de poursuivre le sauvetage. Cette décision vaudra à la firme d'être accusée de vouloir enterrer les mineurs vivants.
Le 13 mars, pendant une tempête de neige, les victimes seront toutes inhumées en même temps, afin d’éviter tout risque d’épidémie. Faute d’identification, la plupart seront enterrés dans une fosse commune. Présentés aux familles pendant seulement une journée, la plupart des 1 000 corps étaient trop abîmés pour être reconnus.
La gestion de la catastrophe par la compagnie provoquera rapidement un tollé dans toute la France, et mènera à une grève massive qui rassemblera plus de 60 000 mineurs et s’étendra jusqu’en Belgique. Demandant la hausse de leurs salaires, l’amélioration des conditions de sécurité et le rétablissement du repos hebdomadaire, ils tiendront le piquet de grève jusqu’à obtenir gain de cause début mai, malgré de violentes altercations avec les forces de l’ordre.
Le scandale de la catastrophe provoquera également un mouvement de solidarité sans précédent pour l’époque, près de 6,5 millions de francs or étant envoyés de toute l’Europe en soutien aux victimes.
Les 13 miraculés du 30 mars autour de leur médecin. Anselme Pruvost, aux côtés de son père, est le jeune garçon à côté du n° 2 JÄNNICK Jérémy — Compagnie des mines de Courrières
Les miraculés de mars
Malgré l’arrêt officiel des recherches, les sauveteurs et volontaires allemands continueront d'arpenter des galeries désertées par la grève, tandis que de nombreuses familles resteront des jours aux portes des mines, dans l’espoir de retrouver un être cher, même mort.
C’est au cours de l’une de ces opérations, le 30 mars 1906, soit 20 jours après l’explosion, que des mineurs repèrent du mouvement au niveau de l’accrochage du puits n° 2, la structure servant à évacuer la houille.
Il s’agit du jeune Anselme Pruvost, de son père et de leurs 11 compagnons, âgés de 14 à 40 ans, qui essayent par tous les moyens d’attirer l’attention des secouristes. Livrés à eux-mêmes pendant plusieurs jours, ils se sont rejoints dans le noir complet par miracle et ont erré dans le gouffre sur des kilomètres avant de réussir à trouver une sortie. Avec Auguste Berthon, retrouvé le 4 avril par des secouristes allemands dans les tunnels du puits n° 4, ils sont les derniers survivants de la tragédie.
Au final, ce sont 1 099 mineurs qui sont morts dans la catastrophe. Le bilan pourrait cependant être plus lourd encore, la mine employant de nombreux travailleurs irréguliers, dont le décès n’aura pas été enregistré.

