découverte « exceptionnelle » d’un chaton à dents de sabre momifié datant de 35 000 ans
La tête et la partie avant de l'anatomie du chaton à dents de sabre découvert en Sibérie sont remarquablement préservées. Scientific Reports
À Badyarikhskoe, dans la province russe de Iakoutie, on a plutôt l’habitude de trouver des os de mammouths, ce qui n’est déjà pas si banal. Mais quand, en 2020, une jolie fourrure rousse est sortie du pergélisol de cette région orientale de Sibérie, les fouilles ont pris une tournure inattendue. Elle appartenait à un tout jeuneHomotherium latidens , un chat à dents de sabre, cousin du fameux tigre à dents de sabre également connu sous le nom de smilodon, comme lui disparu.
« Pour la première fois dans l’histoire de la paléontologie, l’apparence d’un mammifère éteint qui n’a pas d’analogues dans la faune moderne a été étudiée », rapporte, dans un article publié dans la revue Scientific Reports, l’équipe de chercheurs qui a comparé ce chaton de trois semaines avec un lionceau du même âge.
« L’étude de l’apparence du spécimen a montré, selon le texte, des différences significatives » dans « la forme inhabituelle du museau avec une grande ouverture de la bouche et de petites oreilles, la région du cou très massive, les membres antérieurs allongés et la couleur sombre du pelage ». Et, comme nous le glisse l’auteur principal des travaux, Alexey Lopatin, « il n’y a pas de prédateurs à dents de sabre dans la faune moderne » !
L’analyse au carbone 14 a montré que ce bébé était tout de même vieux de 35 000 à 37 000 ans ! Comme le montrent les photos diffusées, sa tête et la partie avant de son anatomie sont remarquablement préservées. « Le corps de la momie est recouvert d’une fourrure courte, épaisse, douce, brun foncé, avec des poils d’environ 20 à 30 mm de long », détaillent les scientifiques.
Les découvertes de restes congelés de félins préhistoriques sont rares. Jusqu’ici, seuls quatre lionceaux des cavernes ont été ainsi retrouvés dans cet état de conservation. « Ce qui est surprenant, c’est que l’on ne tombe que sur des petits, souligne Philippe Fosse, paléontologue au CNRS. C’est probablement lié à des morts accidentelles. Ces animaux étaient sans doute plus facilement piégés par la glace. On espère un jour trouver des adultes. »
« La découverte de la momie congelée d’un animal fossile disparu dans sa totalité corporelle est toujours remarquable, mais la découverte d’un tout jeune Homotherium latidens est évidemment exceptionnelle », s’émerveille son confrère Alain Argant. Selon lui, elle devrait permettre de clore un débat scientifique sur la datation des fossiles de cette espèce, que d’autres fossiles font remonter à 400 000 ans : « Il existe bien des félins à dents de sabre jusqu’à des périodes relativement récentes. »
Alexey Lopatin, chercheur à l’Institut de paléontologie de l’Académie des sciences de Russie et auteur de l’étude, nous confie de son côté qu’il n’en a pas fini avec le chaton disparu. Les travaux se poursuivent actuellement avec une analyse ADN et un examen plus approfondi de la structure du squelette, des muscles et des poils. Alain Argant, qui connaît l’une des paléontologues impliquées, se dit « sûr que toute cette équipe fera du bon travail ».