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En droit pénal français, le délit de harcèlement est défini comme une conduite abusive systématique qui porte atteinte à la dignité.

14 Sep

Mein Kampf: retour sur la sortie en librairie d'un manifeste toxique devenu la bible du nazisme

Publié par bazenet / msn  - Catégories :  #Mein Kampf: retour sur la sortie en librairie d'un manifeste toxique devenu la bible du nazisme

Encart publicitaire paru dans un journal nazi en janvier 1933 : "Le livre du jour : Mein Kampf d’Adolf Hitler".

Encart publicitaire paru dans un journal nazi en janvier 1933 : "Le livre du jour : Mein Kampf d’Adolf Hitler".© Yelkrokoyade/Wikimedia Commons
Le 18 juillet 1925, voici tout juste un siècle, paraissait le manifeste idéologique d’Adolf Hitler. À l’époque, l’ouvrage empreint de haine et d’esprit belliqueux, pierre angulaire du nazisme, essentiel à l’ascension politique de son auteur, fut accueilli dans une relative indifférence…

Été 1925. Dans les librairies allemandes arrive, le 18 juillet, un nouveau titre, lourd de 423 pages pétries de haine et de volonté de revanche : Mein Kampf, "mon combat". Sur la couverture s’étale le portrait de son auteur, un homme de 36 ans à la mine sévère, le front barré d’une mèche aussi noire que sa moustache. D’origine autrichienne, vétéran des tranchées, Adolf Hitler est loin d’être un inconnu. Le parti qu’il dirige, le NSDAP, est l’un des principaux mouvements de la nébuleuse völkisch, cette extrême droite raciste, antisémite et nationaliste qui hante l’Allemagne au lendemain de la Grande Guerre.

Hitler y dévoile sa haine des Juifs et son programme expansionniste

En quoi consiste ce "combat" ? Hitler cherche à dynamiser sa doctrine en l’agençant sous forme d’autobiographie, mêlant parcours initiatique et récit héroïque, une lutte permanente pour découvrir à la fois la vérité d’un monde qui serait dominé par la guerre des races, et le sens de la vie, qui passerait par un affrontement à mort avec les "ennemis" de l’Allemagne. Tout en hurlant sa haine des Juifs, il y dévoile son programme, raciste, militariste, expansionniste et complotiste, consistant à faire de l’Allemagne une grande puissance, en écrasant la France et en érigeant un empire colonial dans l’Est européen.

Un second volume de 354 pages viendra compléter le propos en 1926. La sortie de Mein Kampf vise aussi, pour Hitler, à cimenter son idéologie et faciliter son retour sur la scène politique. Sept mois plus tôt, il est sorti de prison, après avoir purgé une (courte) peine pour avoir, en novembre 1923, tenté un coup d’État en Bavière. Son parti ayant été interdit, et lui-même empêché de discourir, il lui fallait reprendre en main son mouvement et redorer son blason.

Privé de parole, il a donc choisi de s’adresser au public en publiant un livre, espérant effacer son image d’agitateur pour se hisser au rang d’intellectuel, d’homme d’État. Bref, de "sauveur". Il a profité de son incarcération ("mon université aux frais de l’État") pour rédiger son essai, d’abord intitulé Quatre années et demie de combat contre les mensonges, la sottise et la lâcheté, titre que son éditeur, le fidèle Max Amann, a su réduire à une formule plus percutante…

Un brûlot raciste inquiétant ? Pas pour la police de Munich

On aurait pu imaginer qu’un tel ouvrage débordant de haine suscite beaucoup d’émoi. Il n’en est rien. Certes, un haut fonctionnaire du ministère bavarois de l’Intérieur, Josef Zettelmeier, le juge suffisamment préoccupant pour recommander le maintien de l’interdiction de prise de parole publique visant Hitler, mais la police de Munich, elle, déclare que "ce livre n’est pas d’une importance capitale". Dans le monde politique, une frange de la presse d’extrême droite, proche d’Hitler, salue le livre. Dans le Fränkischer Kurier (12 juillet 1925) ou le Weltkampf (août 1925), on peut ainsi lire que Mein Kampf est un ouvrage "passionné", "patriote", "viril".

Un ouvrage sous-estimé par la presse et l'extrême droite allemande

Sur un premier tirage de 10 000 exemplaires, 9 000 sont écoulés cette année-là, essentiellement grâce aux achats effectués par les membres du parti, lesquels bénéficient de facilités de paiement (chaque volume coûte douze marks, somme plutôt élevée pour l’époque). Mais la majorité des milieux völkisch étrillent l’ouvrage, moins pour des motifs de fond que pour empêcher son auteur, perçu comme un concurrent, de revenir dans l’arène politique.

Les quelques organes conservateurs qui se donnent la peine de le recenser le prennent de haut : le Westfälische Zeitung lui reproche surtout son simplisme, son agressivité, voire son "excès" d’antisémitisme. Quant à la presse libérale ou de gauche, comme le Münchener Post, elle s’attaque au racisme et au bellicisme du contenu, à la médiocrité du style aussi. Le Frankfurter Zeitung conclut même sa chronique par : "Hitler est fini."

En octobre 1925, l’Association pour la défense contre l’antisémitisme se livre, sous la plume du théologien catholique Johannes Stanjek, à une réfutation scientifique et sarcastique du pamphlet, s’achevant par cette conclusion d’un optimisme confondant et pourtant largement partagé : "On repose le livre d’Hitler avec un sentiment de satisfaction : tant que le mouvement völkisch ne saura se doter d’autres dirigeants, de l’eau coulera sous les ponts avant de le voir triompher au pays des poètes et des penseurs." Loin de river son cercueil, Mein Kampf consolidera l’emprise d’Adolf Hitler sur le parti nazi, ce qui lui permettra d’assujettir l’extrême droite allemande, puis de marcher vers le pouvoir.

Accueilli dans l’indifférence, le livre deviendra la bible du nazisme, traduit à l’étranger – notamment en France en 1934, puis en 1936 dans une version expurgée des passages anti-français. L’historien britannique Ian Kershaw évalue son tirage à 10 millions d’exemplaires (un foyer allemand sur deux) en 1945, avant que le brûlot ne soit interdit en Allemagne pour une durée de soixante-dix ans.

➤ Article paru dans le magazine GEO Histoire n°103, "Pieds-noirs, Harkis... Les oubliés de l'Algérie", de septembre-octobre 2025.

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